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Le repaire JIN-ROH de Dan42
L a    B r i g a d e    d e s    L o u p s
TEXTES

Ça m'a pris du temps, mais ça faisait longtemps que je voulais créer cette section. Voici les articles que j'ai:
Rapport sur la sortie de JIN-ROH, "Jour 1"
La perfection dans le détail, ou "Les armes de Jin-Roh"
Comment Jin-Roh en est venu à être fait
Les paroles perdues de Jin-Roh

Rapport sur la sortie de JIN-ROH, "Jour 1"
(3 Juin 2000)

(La version japonaise originale de ce texte peut être trouvée ici et la traduction anglaise ici. Traduit de l’anglais au français par Daniel DeLorme)

Oui, JIN-ROH est finalement sorti au Japon le 3 Juin 2000. Ayant gagné une réputation et de prestigieux prix les uns après les autres, à divers festivals du film tout autour du monde, le film n’avait actuellement jamais été exposé aux yeux du public dans son pays d’origine, le Japon!! Plus d’un an et demi avait passé depuis que le film avait été complété, mais on ne pouvait pas fixer de date de sortie, jusqu’au mois dernier. Mais grâce à tous nos fans qui ont attendu patiemment pendant ce temps, nous sommes maintenant fiers d’annoncer les dates et cinémas où JIN-ROH sera présenté. (Regardez ce site pour l’information sur les cinémas)

Nous avons quitté Kokubunji à 9:20am, pour se rendre à Shinjuku (environ 20 minutes en train) pour la session de 11am. Quand nous sommes arrivés au cinéma, nous avons été abasourdis de voir une longue ligne de gens -- beaucoup plus que ce que nous nous attendions! Il y avait plys de 300 personnes dans la ligne, et il était encore 10am. Nous avons été informés par un membre du personnel qui était venu plus tôt pour vérifier le site, que la ligne avait commencé à se former il y avait plus de 2 heures. Voilà une photo des merveilleux fans en ligne.

Le reste de la ligne, qui s’étendait jusqu’à l’extérieur de Isetan (grand magasin), était physiquement interrompue par un gros camion qui essayait de traverser la rue. De toute façon, la ligne consistait de plus de gens que le cinéma pouvait contenir pour la 1ere session; et par conséquent, les billets de la 3e session se faisaient déjà distribuer à 10:30.

À 10:50, nous sommes entrés dans le cinémas et nous avons vu quelque chose d’encore plus incroyable! On avait des gens assis sur le sol dans toutes les allées!! À cette heure, il était impossible de compter le nombre de personnes dans la salle, mais c’était définitivement plus que la salle pouvait contenir. JIN-ROH est vraiment un film très chanceux d’avoir autant de fans qui veulent le voir.

Un peu après 11am, la première session a finalement débuté. Tout le monde l’a écouté silencieusement jusqu’à ce que le film soit fini, puis il y eu un déluge d’applaudissement après le film. Les gens ne font normalement pas ça au Japon... alors c’a été un heureux choc pour nous tous. Ensuite, Hiroyuki Okiura (Réalisateur), Mamoru Oshii (Concept Original/Script), Hajime Mizoguchi (Musique), M. Fujiki pour "Fuse," et Mme. Mutoh pour "Kei" sont tous allés sur la scène pour parler du film -- suivi par une grande masse de journalistes prenant des photos de ces incroyables créateurs.


(de gauche à droite): MC, M. Fujiki (Fuse), Mme. Mutoh (Kei), Hiroyuki Okiura, Hajime Mizuguchi et Mamoru Oshii
"En voyant autant de fans passionnés qui sont venus voir le film aujourd’hui, j’ai réalisé que nous avons fait un bon boulot avec JIN-ROH. Je souhaite honnêtement que le film soit à l’affiche pour longtemps."
-- du réalisateur Hiroyuki Okiura

M. Okiura devait participer à d’autres entrevues avec la presse et aussi une émission de radio cette nuit, alors nous nous sommes hâtés vers le restaurant où avait lieu le gala. Nous avons porté un grand toast au succès, puis nous avons commencé à boire alors que le soleil était encore dans le ciel. M. Okiura avait l’air très content quand il a reçu un bouquet de fleurs par une femme du personnel. Nous aussi nous étions aussi contents que lui.

Quand nous sommes retournés au cinéma pour la 5e session, il y avait encore une foule de gens qui attendaient pour avoir des billets. Encore un fois, il y avait plus de gens que le cinéma pouvait contenir, donc certains étaient assis sur le sol et d’autres écoutaient en restant debout, exactement comme toutes les sessions précédentes.

Avec l’aide de l’alcool, et ayant vu les réactions des gens et le succès du film, nous sommes retournés au travail avec des gros sourires sur nos faces de saouls!

Cliquez ici pour le rapport illustré de M. Nishio!

La perfection dans le détail
ou "Les armes de Jin-Roh"

(Article écrit par Christophe Larribère pour Le repaire JIN-ROH de Dan42, édité par Daniel DeLorme)

S’il est évident que l’intérêt principal de Jin-Roh réside dans son scénario exceptionnel et dans sa portée philosophique, celui-ci n’aurait pas autant d’impact sans une mise en scène et un dessin impeccables. La qualité formelle de l’œuvre est exceptionnelle, les dessins sont superbes (voir photos et la bande-annonce), les acteurs convaincants, les Volkswagen grises des policiers bien rondouillardes... et dans cette même optique, les armes à feu, très présentes, représentées avec un art consommé.

Plus que des accessoires ou des faire-valoir, les armes à feu de Jin-Roh apparaissent comme de véritables personnages secondaires, avec une réelle "présence" à l’écran (gros plans ou plans centrés sur l’arme) et une "personnalité" en accord avec le personnage, et avec la situation. Les armes et la manière des les utiliser (ou de ne pas les utiliser) sont l’instrument majeur de la dramatisation du récit, un personnage parfois inquiétant dont l’apparition n’est jamais fortuite, même s’il ne fait que se montrer ou trouer le carton des cibles, et dont l’esthétique est travaillée.

Cette utilisation de l’arme est d’autant plus exceptionnelle qu’elle est doublée d’un remarquable travail d’historien. En effet, toutes les armes de Jin-Roh existent, sont représentées avec une précision et un réalisme stupéfiants, et leur choix est d’une grande cohérence historique dans l’optique du scénario. Et en plus, elles ont de la gueule!

Ce travail, qui n’a pu être qu’énorme au regard du résultat, est d’autant plus louable que pour une grande majorité des spectateurs, il est invisible... délire de l’amateur d’armes? Sachant que les autres objets ou les décors sont traités avec la même rigueur, je dirais plutôt perfectionnisme... Comme le dit si bien le réalisateur, "Il s’agit avant tout d’un film d’animation. Et bien que ce soit un film d’animation, j’ai souhaité qu’il dépasse le genre et que les spectateurs ne sentent même pas que c’est de l’animation en le voyant."

Alors il serait triste qu’un travail tel ne reçoive pas au moins la modeste récompense - disons plutôt l’hommage - d’un petit exposé ou l’on essaiera d’éclairer la pertinence du choix, de l’attribution et de la figuration des armes à feu dans Jin-Roh... sans en dire trop, afin de ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l’auraient pas encore vu, et de donner aux autres une bonne occasion de le revoir.

De plus, les scènes sont d’autant plus percutantes si l’on connaît un peu les matériels mis en œuvre... d’où ce qui suit. Oui, bon, je sais, y’a que moi que ça intéresse ou presque! Et puis alors, s’il y en a un autre, et qu’il passe sur ce site? Hein?! (oh pardon)... reprenons.

Les armes de la secte

Ce n’est pas en révéler beaucoup que de dire ce qu’est la secte, on le sait dès le début du film, rassurez-vous! Sorte de résistants au pouvoir en place, ils ont des armes à l’avenant, armes démodées ou armes des "perdants" de la seconde guerre mondiale (les Alliés dans Jin-Roh)... en fait un arsenal identique à celui des résistants de cette période.

SHPAGIN PPSH 41 (1941, cal. 7.62 Tokarev)
PPSH

Pistolet-mitrailleur russe, il se répand chez les résistants d’Europe de l’Est quand il est peu à peu remplacé dans l’armée rouge à partir de 1943.

STEN (circa 1941, cal. 9mm Parabellum)
Arme proverbiale du résistant français, arme très bon marché parachutée par dizaines de tonnes à l’intention de tous ceux qui combattaient les Allemands.

BERGMANN MP 18/II (années 20, cal. 9mm Parabellum)
Version améliorée du premier pistolet-mitrailleur mis en service, le MP 18/I. A équipé les forces de police de la république de Weimar (années 20 allemandes) et du IIIe reich... l’arme du policier par excellence. (ici récupérée lors d’un combat sans doute...)

PANZERFAUST 30 (fin de la guerre)
Aieu! Une arme de combat de rue là encore, mais antichar! Ce lance-roquette antichar à usage unique, nécessitant une bonne dose de sang-froid voire de fanatisme, nécessite de se rapprocher à 30m de le cible... donc du char ennemi, et a tendance soit à exploser dans les mains du tireur, soit à partir un peu facilement... (CQFD pour ceux qui ont vu le film)

PISTOLET NAMBU (cal. 8mm Nambu)
Vieux pistolet automatique japonais, pas puissant, pas fiable du tout, on comprend que personne ne s’en serve... à part ceux qui n’ont rien d’autre!

Les armes de la police

Elles aussi sont très cohérentes; comme les armes de la secte, ce sont des armes de combat rapproché ou de combat de rue. Mais comme la police, elle, elle a des crédits... ben son matériel, qui lui est totalement allemand (logique!), est bien plus récent et de meilleure qualité.

PISTOLET WALTHER P-38 (1938, cal. 9mm Parabellum)
Walther PP

Y’a pas mieux! Le meilleur pistolet de l’époque, pas encore démodé de nos jours, fiable, précis, assez puissant. Pour les connaisseurs d’anime, vous reconnaîtrez l’arme de choix de ce cher Lupin III...

SCHMEISSER MP-40 (1940, cal. 9mm Parabellum)
Walther PP

Excellent pistolet mitrailleur, assez cher à la production, qui n’aime pas la boue ni la crasse (il s’enraye), mais qui bien entretenu marche bien, est léger et précis. C’est l’arme du policier de Jin-Roh toujours bien rasé et propre sur soi dans son imper beige. A noter la présence à l’écran des deux versions; crosse pliable (la plus fréquente dans la réalité) et crosse en bois, fabriquée vers la fin de la guerre, et ici assez fréquente... logique, on vous dit!

PISTOLET LANCE-FUSÉE WALTHER (années 30, cal. 4, soit 28mm je crois ou pas loin)
Pistolet destiné aux fusées-signal, aux fusées de détresse... les Allemands ont pensé pendant la guerre qu’on pourrait pareil lui faire tirer des grenades, dont acte...

FUSIL MAUSER KARABINER 98-K (1937, cal. 8X57 IS)
Fusil standard de l’armée allemande pendant la 2e GM, arme ultra fiable, puissante, précise, et très robuste, assez en tout cas pour y monter un lance-grenades (une sorte de tromblon amovible, et la grenade est propulsée par une cartouche spéciale qu’on tire dans le fusil comme une normale). Ici le dessin du fusil est si précis que l’on peut préciser qu’il s’agit de la première variante de 98K, fabriqué avant 1941... je ne blague pas!

Les armes des unités Panzer

Aha! Alors là on rentre dans la partie la plus jouissive pour l’amateur d’armes, chapitre qui est aussi celui des armes les plus impressionnantes à l’écran, même pour le néophyte. C’est simple: les Panzer sont une unité d’élite... eh bien ils ont un armement en rapport. Des armes inefficaces dans les mains de troupes peu entraînées, mais plus que redoutables dans celles de soldats aguerris... du puissant, du gros, du qui-faut-des-ânes-chargés-de-cartouches-derrière-pour-maintenir-un-feu-un-peu-soutenu. Heureusement, avec les Panzer, ça n’est jamais bien long. Beaucoup plus sérieusement, ce film est un drame ou les Panzer jouent un rôle majeur. Leur armement surpuissant et leur manière de s’en servir accroît leur image de bestialité quasi monstrueuse, même si tout reste parfaitement réaliste, sinon cohérent, comme vous le verrez.

PISTOLET WALTHER PP ou PPK (années 30, cal. 7.65mm Browning en général)
Walther PP

Arme fiable et précise, pas très puissante mais facilement dissimulable, le haut de gamme de l’arme de défense ou de secours. Pour les cinéphiles, et même 95% de la population, c’est l’arme d’un certain James Bond (c’était, en fait, avant ce sagouin de Pierce Brosnan et ses pétards en plastoche...)

PISTOLET MAUSER C-96 (1896, cal. 7.63 Mauser)
C96 C96

Là on saute un gros fossé... En effet, le C96, premier pistolet automatique suffisamment au point pour un usage en combat, est en fait une arme robuste, lourde donc nécessitant de l’entraînement (CQFD on vous dit, pour ceux qui ont vu le film) et très très puissante. En lui rajoutant simplement sa crosse (laquelle, creuse, sert aussi d’étui), il se transforme en une carabine semi-automatique très performante. Ceux que l’on voit ici sont tellement bien représentés qu’ont peut les identifier précisément pour des modèles 1898, dont les flancs sont fraisés différemment des autres modèles!

STURMGEWEHR MP-44 (1943, cal. 8X33 Kurz)
MP-44
MP-44 variante "balles en caoutchouc"
MP-44

Là, je vais essayer de simplifier; cette arme révolutionnaire, mise en service en quantités assez faibles à la fin de la guerre, est le premier fusil d’assaut. Elle tire, en coup par coup ou en rafales, une munition de fusil Mauser raccourcie pour donner moins de recul et de poids à l’arme. Cette arme a été copiée servilement par les Russes après la seconde guerre mondiale, et ils l’ont appelée KALASHNIKOV! Et encore, la Kalashnikov AK-47 est moins perfectionnée que la MP-44, l’industrie russe n’étant pas en mesure alors de maîtriser certaines techniques allemandes de fabrication. A noter la présence d’une autre version de la MP-44 dans le film, celle à balles de caoutchouc pour l’entraînement. Je la pensais inventée par les dessinateurs mais elle existe bel et bien, c’est en fait un quasi prototype dont on a dérivé la MP-44. Moi qui pensais connaître à fond cette période, je ne connaissais pas cette arme!!! Mais sur des dizaines d’ouvrages spécialisés et près de 250 revues, cette arme est citée UNE fois... juste une photo avec 2 lignes d’explication! Incroyable mais vrai. Le weapon designer de Jin-Roh est un dieu. Je vais lui élever un autel dans ma chambre.

FUSIL D’ASSAUT FG-42 (1942, cal. 8X57 IS)
FG-42

Rarissime, quasiment un prototype. Le FG-42, autre précurseur des fusils d’assaut modernes, notamment dans son architecture, n’a pas été beaucoup produit car, arme légère tirant la munition du Mauser 98K en rafales, il donnait un très fort recul. Mais quand on est un membre de l’unité Panzer, entraîné à la dure, ça n’est pas un problème... Je précise que pour connaître cette arme et la reproduire aussi bien, faut être calé...

La Mitrailleuse MG-42 (1942, cal. 8X57 IS)

MG-42L’arme par excellence du Panzer; première mitrailleuse moderne, c’est une arme phénoménale de par sa fiabilité et sa puissante munition (celle du fusil Mauser, mais un peu "gonflée"). Une merveille ou une horreur, comme on voudra... 900 à 1300 allers simples pour l’enfer à la minute en cadence cyclique, bandes de 50 cartouches que l’on peut relier entre elles à volonté pour un feu continu, pas de blindage léger ou de gilet pare-balles qui tienne... la MG-42, c’est quelque chose d’hallucinant. C’est la puissance pour son utilisateur, quoique ce ne soit pas le mot... pour une mitrailleuse ont dit "son servant", et pour la MG-42 cela est pleinement justifié. Elle inspire terreur à ses cibles. Elle grise son servant par son pouvoir destructeur. Elle a une personnalité propre, c’est une sorte de dieu de la guerre, ou un outil sacrificiel de masse sur l’autel de Mars, qui réclame sa moisson de mortels. Depuis la seconde guerre mondiale cette arme est devenue une sorte de légende. Pas vraiment une bonne fée, non, mais plutôt une sorte de bête mythique, un épouvantail à jeune recrue et qui fait encore plus peur à ceux qui l’ont vraiment connue. C’est une sorte d’ogre, ou plutôt de dragon... l’arme produisant un jet de flamme colossal et terrifiant (pour peu que l’on soit encore en vie) causé par le système de verrouillage/déverrouillage par amplification de recul (expliqué ci-bas). Nous en voyons l’exemple plusieurs fois dans Jin-Roh.

D’abord, un peu d’Histoire... dans l’entre-deux guerres, les Allemands ont très vite repris leur recherches en matière d’armement. Malgré les contrôles, ils réussirent à mener à bien leurs recherches, soit avec l’appui de l’URSS qui les accueillait, soit avec des ruses douteuses, comme donner à une arme conçue au début des années 30 le nom de MG-13, histoire de faire croire à des politiciens étrangers (qui ne demandaient pas mieux que de faire du commerce avec l’Allemagne) que l’arme datait d’avant-guerre. En passant, c’est probablement cette arme qui a été mise en scène dans les films live de Mamoru Oshii, "Kerberos" et "Akai Megane". Cet engin avait des performances équivalentes à celles d’armes 3 fois plus lourdes (les vraies mitrailleuses du premier conflit mondial) mais avait un énorme défaut. Pour faire simple et léger, on avait affublé l’arme d’un chargeur de 25 coups seulement... à 550 coups/minute, on rechargeait tout le temps.

MG-34Tirée du même mécanisme, très proche d’aspect, la MG-34 (celle utilisée dans le manga...) utilise des bandes de 25, 50 ou 100 cartouches, qu’on peut de plus relier entre elles sur des modèles tardifs. L’arme est très performante, précise, stable, assez fiable... mais pas assez; dans la boue glacée du front de l’est, la MG-34 renonce à tout service. De plus, arme conçue en temps de paix, elle utilise des méthodes de fabrication coûteuses, de l’acier usiné, du personnel spécialisé. Cette arme, performante mais trop complexe et fragile pour les champs d’opérations de l’est, avait besoin d’être remplacée sur ce terrain par une arme plus fiable, moins chère et plus facile à produire.

Avec une facilité déconcertante, les ingénieurs allemands relevèrent le défi avec la MG-42.

Selon W.H.B Smith, dans son ouvrage "Small arms of the world" édité en plusieurs versions de 1943 à 1950 (super bouquin!), la raison de ce succès est que les concepteurs ont volontairement laissé de coté tous les principes traditionnels qui semblaient incontournables pour ce type d’arme.

Alors que l’on pensait que seul l’acier usiné (et bien épais de surcroît) pouvait être employé pour une arme tirant à cadence élevée une munition puissante, ils ont employé massivement la tôle emboutie (toute la carcasse de l’arme, les capots, et nombre de pièces internes). C’est donc moins cher, plus rapide à produire, et nécessite moins d’outillage lourd.

Plutôt que des systèmes antiques et solennels, genre "piston-ressort-biellette et vas-y que j’te refous un piston, et encore des ressorts, et pis une super pièce vachement dure à usiner", l’arme utilise le recul pour fonctionner, avec un système génial... les gaz de la cartouche, quand ils sortent de la bouche du canon d’où ils ont expulsé la balle, se détendent, et là, tout contents de se barrer de ce truc pas très spacieux, ils ne se rendent pas compte que le bout du canon est enserré dans un manchon en tôle (très visible au bout de l’arme). Se heurtant au manchon percé tout juste pour le passage de la balle, les gaz remontent en pression et poussent le canon en arrière en appuyant sur sa tranche avant. Comme le canon, y demande que ça, avec le recul propre à la munition qui est déjà important, ça fait un mécanisme simple où il y a 2 sources de poussée pour faire reculer le canon. Les éventuels résidus de boue, sable, terre ou matériaux divers qui auraient des vélléités de stopper ce mouvement en se foutant dans le mécanisme sont laminés au passage sans même ralentir l’arme. Le canon en reculant entraîne la culasse qui reste verrouillée avec lui jusqu’à ce qu’en fin de course un système tout simple (des galets) la déverrouille... dans son élan, la culasse va éjecter la douille usagée et recule jusqu’à ce que le ressort placé derrière elle, dans la crosse, la renvoie avec force en avant où elle va cueillir une cartouche fraîche, repousser le canon en avant, se verrouiller avec lui et percuter la cartouche dont les gaz, en sortant du canon, etc...

Et tout cela à 1300 coups/minute, de par la simplicité du mécanisme et la puissance de la munition. Tirant une des meilleures cartouches de guerre de son époque, la 8X50 IS (8mm Mauser, aussi dite 7.92 Mauser), la MG-42 est une excellente mitrailleuse antiaérienne; avec son bipied, elle peut être servie par un ou deux hommes, et sur trépied lourd elle devient une excellente mitrailleuse lourde, très précise.

entretien de la MG-42L’arme, simple donc super fiable, est facile à démonter, remonter et entretenir... le système de changement rapide de canon est génial car simple et réellement rapide. On le voit d’ailleurs dans Jin-Roh quand Fusé nettoie son arme. Assez lourde (13 kg), sa principale faiblesse provient de sa principale force: sa cadence de tir élevé. Au combat, il faut nourrir la bête, gourmande en munitions... et changer fréquemment le canon en cas de feu nourri car celui-ci devient trop chaud. Le système de changement rapide de canon prend alors toute son importance, mais ce moment est néanmoins le seul ou l’on puisse attaquer une MG-42 (sans avoir de chars ou d’avions).

la MG-42 à la guerreCrainte par les soldats Alliés de la dernière guerre, son bruit seul (selon les témoins, comme celui d’une toile qu’on déchire ou d’un roulement de tambour accéléré et amplifié mille fois) a parfois été la cause de mouvements de panique. En Italie, une paire de MG-42 fournissant un feu croisé dans un col ont stoppé des colonnes américaines entières... le seul moyen de les réduire étant de faire appel à l’aviation.

Arme extrême et fascinante, car sans doute parmi les engins de destruction les plus aboutis jamais conçus et utilisé... et de plus utilisable par un seul homme! Dans cette configuration d’arme individuelle, les MG 34 et 42 utilisent souvent des bandes contenues dans des tambours en tôle, simples ou doubles, fixés sur le coté de l’arme.

Au passage, les américains ont copié le mécanisme de cette arme pour leur fameuse M60 (celle de rambo), qui tire moins vite d’ailleurs, les cartouches coûtant cher au contribuable américain... Et comme leur munition de l’époque était trop longue pour ce mécanisme, ben ils ont créé une munition, l’ont adoptée, l’ont imposée à l’OTAN, et aujourd’hui si les Français, les Belges, les Anglais, etc... tirent du 7.62 Nato, c’est parce que les Américains (et, soyons francs, tout le reste du Monde aussi) auraient fait n’importe quoi ou presque pour adopter cette dévastatrice machine allemande.

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Bon, vous avez survécu? J’ai essayé de faire de mon mieux pour ne pas être trop technique... je comprends aisément que tout le monde ne s’intéresse pas aux armes des deux conflits mondiaux.

Ceci n’est, certes, qu’un catalogue... je rêverais de faire une analyse détaillée de la mise en scène des armes dans Jin-Roh, car la plupart des plans mettant en scène des armes sont superbes et très étudiés... il n’y a ni violence gratuite, ni apparition inutile. Tout sert le scénario, la dramatisation du récit, la qualification du personnage qui se voit... ahem, si j’ose dire "souligné" par son arme, autant que par son attitude ou son discours. Mais de un ce serait un boulot de fourmi dépassant mes capacités et mes disponibilités, et de deux il faudrait le réserver à ceux qui ont vu le film, autrement ça gâcherait le plaisir des autres!

Drame terrible, Jin-Roh met en scène, avec un réel perfectionnisme, des armes qui ne le sont pas moins; celui qui n’a pas frémi au bruit sourd de la MG-42 a l’estomac solide et les nerfs trempés.

Et ces scènes sont encore plus percutantes quand on en connaît tous les acteurs, quand on pèse ce qu’il y a de pouvoir destructeur dans les objets mis en œuvre... c’est pour cela que j’ai rédigé cette petite notice, qui je l’espère vous aura intéressé.

  • Christophe Larribère

  • Comment Jin-Roh en est venu à être fait

    (Extrait du site Straydog's Roost gracieusement traduit par Eijiro Sumii, avec ses commentaires, et re-traduit de l'anglais au français par Daniel DeLorme)

    Jin-Roh est la première animation basée sur la "légende des chiens" (kenrou densetsu) racontée dans Akai Megane, Kerberos, et le manga "Hellhounds: Panzer Cops".

    Quand M. Oshii a été appelé à une réunion avec Bandai Visual, il a présenté la proposition pour Ghost in the Shell. Mais dans son sac il avait une autre proposition, qu'il n'a pas soumise à ce moment-là. C'était une proposition pour une animation basée sur Hellhounds.

    Et quand Ghost in the Shell fut presque fini, cette proposition a été de nouveau mise à l'étude. Au début, l'idée était de créer un OAV basé sur les six épisodes donnés dans le manga à ce moment-là, mais ils ont pensé que ce serait mieux de créer quelque chose de plus solide, et ont décidé d'en faire un film. Donc ils devaient écrire un nouveau scénario, mais Bandai Visual ainsi que d'autres n'aimaient pas l'idée d'un film écrit et realisé par Oshii. (Ils avaient probablement peur du caractère arbitraire d'Oshii.) Mais Kazunori Ito, qui écrit habituellement les scénarios pour les films réalisés par Oshii, était déterminé à ne jamais toucher aux histoires de "chien" d'Oshii, et M. Oshii n'a jamais voulu déléguer à quiconque le scénario d'une histoire basée sur "son univers" à lui. Ainsi il a accepté la condition qu'il écrive le scénario mais que quelqu'un d'autre réalise le film. Ainsi, Hiroyuki Okiura, qui était censé faire le premier épisode de la version OAV de Hellhounds, a été choisi pour être le réalisateur.

    M. Okiura a été étonné et hésitant par le changement d'un OAV à un film. Alors il a fait à M. Oshii des demandes excessives sur le scénario, comme "mettez des personnages jeunes dans le film". Il s'attendait à ce que M. Oshii refuse ces demandes et allait utiliser cette raison pour refuser.

    Cependant, M. Oshii a simplement accepté les demandes sans broncher et M. Okiura n'a pas pu refuser. Après avoir écrit le scénario, M. Oshii n'a touché à rien et a laissé M. Okiura faire comme il voulait. Le film "Jin-Roh", histoire originale écrite par Mamoru Oshii, et réalisé par Hiroyuki Okiura, a été ainsi créé.

    ...Ceci semble être les détails de la façon dont Jin-Roh a été fait, basés sur l'information publiée dans diverses sources (tel que des revues).

    Plusieurs points méritent des commentaires. D'abord, pourquoi Bandai Visual ne voulait-il pas qu'Oshii soit le réalisateur ainsi qui l'auteur du scénario? La raison est évidente: parce que de tels films ont toujours été des échecs retentissants dans le passé! En fait, les exemples typiques de ceci sont Akai Megane et Kerberos. Même les plus grands fans d'Oshii admettent ces derniers sont vraiment mauvais.

    Ainsi, contrairement à l'opinion de certains (critiques anglaises dans plusieurs journaux, par exemple), c'est la combinaison d'Okiura et d'Oshii, plutôt que seul Oshii, qui a rendu ce grand film possible. Okiura a même modifié de grandes parties du manuscrit d'Oshii, comme on peut voir (si on peut lire le Japonais!) en comparant les paroles dans le film au manuscrit original dans "Jin-Roh ManiaXX". Par exemple, il y avait une scène entière avec un dialogue plutôt artificiel et même étrange entre Fuse et Kei au sujet des constellations reliés aux chiens et aux loups (basé sur un dialogue semblable entre d'autres personnes dans le manga), qui a été entièrement enlevé par Okiura.

    En raison de ceci, le film a un "goût" plutôt différent d'autres travaux d'Oshii, ce qui en fait est très bien à mon avis (ainsi que l'avis de plusieurs autres).

    Il y a également des aspects du film qu'il peut être difficile de comprendre pour les personnes qui ne sont pas très familières avec le Japon. Par exemple, les loups (empaillés) dans le musée, qui apparaissent plusieurs fois dans l'histoire. Un critique dans un journal (désolé - j'ai oublié lequel) a critiqué ceci comme étant un exemple de "trop de symbolisme" dans le film.

    Eh bien, en effet il y a peut-être "trop de symbolisme", mais les gens ne semblent pas se rendre compte que ces loups sont (très probablement) d'une espèce appellée "loup japonais" (Nihon-Ookami), qui a été exterminée au début du 20ème siècle. Ceci sous-entend le destin de Fuse ou de l'unité spéciale dans son ensemble.

    [ ATTENTION: SPOILER du MANGA ] En fait, plus tard dans "l'histoire" du Japon selon Oshii, l'unité spéciale se soulève en révolte contre le gouvernement qui a décidé sa dissolution. La révolte échoue et tous les membres sont tués sauf quelques uns, comme on peut le lire dans le dernier volume de Hellhounds (version japonaise).


    Les paroles perdues de Jin-Roh

    (Écrit par Daniel DeLorme avec des sources d'un peu partout sur le Net, traduites de l'anglais au français)

    Parmi les nombreuses qualités de Jin-Roh, la musique en est une qui reçoit peut-être moins d'attention qu'elle ne le mérite. Les enlevantes mélodies composées par Hajime Mizoguchi sont très subtiles, donnant lentement de l'atmosphère et du momentum à chaque scène du film, seuls les spectateurs les plus musicalement conscients se rendant compte de leur effet. En partie à cause de cette subtilité, toutes les pièces de Mizoguchi sur la trame sonore sont éclipsées par un autre morceau, le thème de la fin composé par Yoko Kanno. Je dis "en partie" parce que les autres morceaux ne sont pas uniquement victimes de leur propre subtilité, ils sont aussi victimes de la magnificence du thème de la fin. Grace Omega éclipserait n'importe quelle autre musique, peu importe l'album sur lequel il serait. C'est un morceau de musique magnifique, accompagné d'une voix éthérée qui s'enfonce au plus profond de votre être.

    Cette voix semble avoir intrigué pas mal de monde, parce que j'ai recu plusieurs questions au sujet des paroles de Grace Omega. Malheureusement je n'ai aucune idée de ce qu'elles veulent dire. En fait, elles n'existent peut-être même pas. Les paroles de Grace Omega ont été chantées par Gabriela Robin (supposément un alter ego de Yoko Kanno). Sur rec.arts.anime.music il est suggéré que Gabriela Robin utilise souvent des paroles qui ne veulent rien dire.

    EN QUELLE LANGUE GABRIELA ROBIN CHANTE-ELLE?
    Comme quelqu'un sur rec.arts.anime l'a déjà écrit, c'est du LizFraserien (i.e. Elizabeth Fraser, des "Cocteau Twins", est bien connue pour ses expériences phonétiques de "défiguration de paroles"). Dans le cas de Robins, souvent, c'est du baragouinage qui sonne un peu comme du Français.
    On n'a qu'à regarder quelques unes des chansons de Kanno pour réaliser que ceci n'est pas faux. Les paroles de Cat's Delicacy en sont un parfait exemple. Une entrevue de EX.org avec Yoko Kanno nous éclaire un peu plus sur le sujet:
    EX: Quelles langues avez-vous utilisé pour "Medicine Eater", "Cat's Delicacy" et "Arcadia"?
    KY: Hmm... quelle langue... Il y a seulement l'image de quelqu'un qui avale un remède. (rires) Pour "Cat's Delicacy", l'image d'une fille aux cheveux dorés. Pour ce qui est de "Arcadia"...
    EX: Est-ce que c'est du Latin?
    KY: Il y a l'image du Latin, mais l'atmosphère d'ESCAFLOWNE est celle d'un autre monde. Ce n'est pas vraiment du Latin du tout.
    EX: Quelles langues avez-vous utilisé pour "After, in the dark", "Torch song", "SANTI-U", "Pulse", "A Sai En" et "Wanna Be an Angel"? Ce ne sont pas vraiment des langues qu'on trouve sur Terre, pas vrai?
    KY: Non, ce ne sont pas des vraies langues. (rires)
    Dans une tentative pour me rendre au fond de ce mystère, je me suis dis que les fans Japonais auraient peut-être une meilleure idée de tout ça que moi, étant plus proches de la source. J'ai donc demandé à Eijiro Sumii s'il connaissait les paroles. Sa réponse:
    En fait, ceci est un mystère qui intrigue également les fans Japonais. L'information officielle est, bien sûr, que Gabriela Robin (la chanteuse) a inventé les paroles, comme la "Stab Liste" de Jin-Roh ManiaXX le dit (en anglais pour cette partie seulement). Hajime Mizoguchi (le compositeur) a répondu à la question de quelqu'un (sur sa page web officielle en Japonais) que les paroles sont "le secret de la compagnie" et qu'il aimerait laisser l'audience imaginer. Google ne donne pas d'autre indice non plus.

    Alors, à moins que quelqu'un les ait écrites, il est peu probable que les paroles existent sur le Net. Si tu as plus d'information, s'il-te-plait fais le moi savoir! Quant à moi, elles sonnent vaguement Allemandes - est-ce correct?
    Enfin, pour moi elles sonnaient plutôt latin, mais je suppose qu'on ne saura jamais. Et en réalité, peut-être que c'est bien comme ça...

    UPDATE - January 18th 2003
    Suite a cet article, j'ai recu un e-mail d'un dénommé Noeru. Apparemment il/elle a une très fine oreille parce que le e-mail contenait un translittération des paroles de Grace Omega. J'avais déjà essayé de le faire mais je n'ai jamais été capable d'identifier de sons distincts; les paroles étaient trop embrouillées. Cependant, en écoutant la chanson tout en lisant cette translittération, j'ai pu percevoir les "mots" et peut-être améliorer un peu leur exactitude. Voici la translittération, mais gardez à l'esprit que ceci ne représente aucun language; ça ne représente que des sons.

    Se he melpt he le heus
    Tre he melpt o pridi
    Lingu ni he fe he me
    Tre he melpt godi

    Ste he melpt he le heus
    Tre he melpt o pridi
    Lingu ni he fe he me
    Tre heus o prishid godi

    Eta li hapru
    Esta mi langu
    Oh fabi atshiius
    Gofria kruhemen entu

    Se he melpt he le heus
    Tre he melpt o pridi
    Lingu ni he fe he me
    Tre he melpt godi
    Quoique c'est bien d'avoir ceci, ca ne ressemble a aucun language que je connaisse. Il y a quelques parties qui me rappellent bien le latin, mais ca pourrait aussi bien être de l'espagnol. Si cette phonétique ressemble un tant soit peu a un language que vous connaissez, DE GRÂCE contactez moi. Mais entretemps, on dirait bien que ceci va rester un mystère.


    Dernière modification de cette page: 18-01-2003
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